CHANGEMENT CLIMATIQUE MINERAIS, TRANSITION ENERGETIQUE ET REVOLUTION NUMERIQUE

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Le coût environnemental de l’extraction minière en RDC

Introduction

La République Démocratique du Congo regorge de plus de 1.100[1] substances minérales connues, d’extrême diversité.  Parmi ces minerais, on y trouve des minerais stratégiques pour la transition énergétique et la révolution numérique dont le monde a âprement besoin pour non seulement atténuer, modérer, s’adapter mais aussi pour lutter contre les  effets du changement climatique.

En effet, les ressources minières peuvent constituer un potentiel considérable dans le développement des nations. Leur meilleur exploitation et gestion peut contribuer à l’amélioration des conditions de vie des peuples. La ville comme celle de Californie, aux Etats-Unis, a été construite par et avec les mines d’or. Plusieurs Etats miniers dans le monde comme les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou encore le Chili, la Chine,  voire l’Afrique du Sud, ont largement tiré profit  de leurs ressources minérales pour leurs économies et ainsi avoir un impact sur les conditions de vie de leur populations.

Mais ces ressources minières, qui peuvent être un potentiel de développement, peuvent aussi avoir des impacts négatifs au niveau socio-économique, environnemental et culturel si elles sont exploitées dans des conditions de mauvaise gouvernance politique, économique, sociale et environnementale. Dans ce sens, la menace écologique n’est pas une pure vue d’esprit pour la RDC. Les impacts et les coûts environnementaux de l’exploitation minière industrielle et artisanale sont énormes en RDC.

Cet article vise à illustrer quelques impacts environnementaux de l’exploitation minière en RDC, qui affectent le climat (1), comment le Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation (CARF) aborde cette question (2) et quel est l’impact du travail du CARF.

 

  1. Exploitation minière en RDC et impacts environnementaux

L’environnement est défini comme l’ensemble des éléments (biotiques ou abiotique) qui entourent un individu ou une espèce et dont certains contribuent directement à subvenir à ses besoins ; ou encore comme l’ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d’agir sur les organismes vivants et les activités humaines.   Dans tous les pays du monde, les activités extractives comme par exemple l’extraction minière ont un gros impact sur l’environnement.  Mais cela est plus encore accentué dans les pays en déficit de gouvernance. Depuis plus de 25 ans, la RDC est confrontée à un contexte national et sous régional de tensions politiques et sécuritaires récurrents dans la région des Grands Lacs africains. Cette situation affecte également l’économie minière de la RDC. Dans ce contexte, les activités minières : exploration, exploitation et la commercialisation des minerais ont un coût environnemental énorme.

En effet, dans un tel contexte géopolitique et géostratégique tendu, la géoéconomie et  l’économie minière de guerre et ont alimenté des conflits armés, des rébellions et de bandes économiques criminelles transfrontalières.

Le panel des Nations Unis sur l’exploitation illégale des ressources de la RDC avait conclu en 2002, après trois rapports publiés sur la question depuis 2000, qu’il y a un lien entre l’exploitation minière en RDC et la poursuite de la guerre ou des rebellions.

Pour réguler cette exploitation, un code minier libéral avait été adopté en RDC en 2002. Ce code a été amendé en mars 2018. Le Code de 2002 avait libéralisé l’exploitation minière en RDC, qui avant cette date était sous le régime du monopole de l’Etat. Une des innovations de ce code était l’introduction des études d’impact environnemental avant le démarrage de tout projet minier.

Force est de constater que malgré le code minier de 2002  l’exploitation minière a eu des impacts environnementaux énormes en RDC. Le cas de la province minière de l’ex-Katanga est éloquent en cette matière. Mais la situation du Katanga n’est pas, à vrai dire, très différente des autres provinces minières de la RDC : les deux Kivu ; l’ex Province Orientale…

Au regard de peu de progrès en matière de protection de l’environnement à l’occasion de l’extraction minière en RDC, le nouveau code minier de 2018 a durci le ton : désormais on parle d’études d’impact environnemental et social ; et les crimes contre l’environnement sont désormais, et c’est une première au monde, imprescriptibles. La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est désormais légale et obligatoire, elle n’est plus du domaine du volontaire.

  • L’impact de l’industrie minière sur l’environnement au Katanga en RDC

Les activités minières industrielles ont un impact énorme en RDC.

Tout d’abord, le cadre topographique d’exploitation : basé sur le régime concessionnaire forestier, les entreprises minières occupent des vastes concessions des terres et des forêts avec toute la biodiversité. Pour exploiter ces vastes concessions, il faut passer à la coupe du bois. Ainsi, des hectares des forêts sont dévastés pour l’exploitation minière industrielle. Quand on sait à quel point les forêts sont un rempart contre le réchauffement climatique, l’on comprend l’étendue des dégâts que cette déforestation cause sur le climat. En plus des forêts détruites, c’est l’ensemble de la biodiversité qui est perdue.

Ensuite, les processus et les méthodes d’extraction : après l’extraction minière, les minerais sont généralement concentrés avant d’être soumis au traitement métallurgique. La quasi-totalité des entreprises d’extraction et de traitement des minerais en RDC utilisent la méthode de concentration. Au Katanga, les procédés de concentration appliquée sont la flottation et la concentration par gravité. Et les concentrés obtenus par cette méthode passent à l’usine de traitement par la méthode pyrométallurgique : qui aboutit à la lixiviation et l’électrolyse. Ces procédés, qui utilisent par ailleurs beaucoup d’acide et du souffre, peuvent véritablement contaminer et polluer non seulement l’air, l’eau mais aussi la terre.

Enfin, le transport des minerais  et des intrants: c’est par voie routière, à travers de trucks, que se fait le transport des minerais  extraits dans l’ex-Katanga et à l’Est de la RDC, pour les ports de Mombassa au Kenya, de Dar-es-Salam, et vers des ports d’Afrique du Sud pour la commercialisation hors du continent africain. Les intrants comme les acides suivent la même trajectoire. Au passage de ces camions, ils laissent échapper de particules de  poussière contaminées qui polluent l’air.

De manière concrète, le projet minier peut affecter l’environnement physique, biologique et sociologique. Les impacts les plus récurrents dans le Katanga peuvent être,

* au niveau physique du Katanga :

  • La qualité de l’air : des émissions qui polluent l’air
  • La qualité des eaux souterraines et de surface : des pratiques et procédés qui polluent l’eau et affectent leurs disponibilité comme le débit
  • La qualité des sols : des pratiques et de procédés qui polluent ou dégradent la qualité des sols au Katanga.
  • Des émissions liées directement au procédé :- Usine de traitement (émissions de cheminées composées de organiques volatiles ( COV) ; – site de la mine : poussières des surfaces dénudées et des matériaux manipulés et émissions des véhicules ; -Haldes à stériles : poussières des surfaces dénudées ; -parc à résidus : évaporation et poussières provenant de la surface de la digue
  • Disparition d’espèces forestières, de la flore, la faune  et des terres agricoles ….

Ces impacts affectent inévitablement le climat et notre maison commune.

En outre, l’industrie minière est gourmande en énergie et ne crée pas beaucoup d’emploi moins qualifiés pour les communautés locales.  Faute d’énergie suffisante pour faire fonctionner les mines en RDC, la compagnie nationale d’électricité fournit la grande capacité de ses services aux besoins des entreprises minières. Cela pénalise les ménages et les familles. Ainsi, dans les zones minières industrielles, faute d’électricité, les ménages utilisent les bois pour la cuisson. La déforestation pour le charbon de cuisson est une activité lucrative est indispensable pour beaucoup de familles modestes. Cette situation créée des problèmes environnementaux énormes dans les zones minières.

  • L’impact de l’artisanat minier sur l’environnement

Comme pour  les mines industrielles, l’artisanat minier a aussi un impact certain sur l’environnement.

Les activités artisanales affectent l’environnement dans la phase de construction des puits artisanaux pour l’extraction des minerais artisanaux. Dans le Katanga, c’est essentiellement des mines de cuivre et du cobalt qui sont exploités de manière artisanale. On y trouve des mines artisanes de la cassitérite et de l’or dans certaines zones de l’ex-Katanga. Dans les régions de Kivu et d’l’ex-Province Orientale ce sont des mines de Coltan, de la cassitérite, de l’or  et diamant qui sont exploités, ainsi que dans le Kassai et l’ex-Equateur.  L’activité minière artisanale affecte de manière directe ou indirecte plus au moins 20.000.000 de congolais.

Mais les procédés pour la construction des puits d’extraction sont nocifs pour l’environnement : il faut donc passer par la déforestation et la coupe de bois. Cette déforestation est une véritable catastrophe écologique à côté de trous que laisse cette exploitation.

En outre, les méthodes de nettoyage de minerais du Cuivre et de Cobalt de manière artisanale dans le Katanga sont une source de pollution des eaux et de l’air, du sol. L’exploitation artisanale de l’or artisanale avec des méthodes qui utilisent le mercure est une véritable source de pollution des eaux.

L’artisanat minier avec ses méthodes de déforestation contribuent aussi au réchauffement climatique.

 

  1. Mines et changement climatique : le positionnement du CARF

 

  • Comment se positionne le CARF par rapport à cette question ?

Dans ce contexte où l’extraction minière affecte largement l’environnement et contribue au changement climatique, le CARF, une ASBL des Jésuites de l’Afrique Centrale, basée à Lubumbashi, au Katanga, dans une zone minière, depuis 2013  a pris l’option de promouvoir le développement durable intégral et solidaire.  Le CARF se veut, dans sa vision, être une référence en réflexion stratégique, recherches et actions innovantes pour le développement solidaire et durable du peuple congolais, d’ici 2030. Sa mission est de diffuser une vision chrétienne du développement économique, socio-politique et culturel, spécialement dans les milieux de la pensée et de l’action sociale en République Démocratique du Congo et en particulier dans l’ex-province du Katanga ». (Projet Apostolique de la Province d’Afrique Centrale de la Compagnie de Jésus, Editions Loyola, 2012, p. 35), dans les régions de l’Est et Sud-Est du pays et à travers toute la RDC, en général. L’une des missions sociales du CARF est la gouvernance des ressources minières et forestières par une responsabilité sociale, économique et environnementale des entreprises

Pour cela trois cellules ont été créés au CARF : recherche, formation et documentation. Ces trois cellules travaillent en synergie.  La cellule recherche a trois départements :

  • Paix, Justice et Réconciliation
  • Gouvernance des ressources naturelles
  • Appui au développement.

C’est ce département de la gouvernance des ressources naturelles qui s’occupent de la question minière.  La question des mines et l’environnement est complexe et doit être traitée de manière globale. Au cœur de ces enjeux, se trouve la question de la bonne gouvernance minière et environnementale. Voilà pourquoi le CARF dès 2014 a pris l’option de se focaliser sur la bonne gouvernance minière ; la responsabilité sociale et environnementale des entreprises minières. Dans ce cadre, des recherches et enquêtes sont menées en matière de la gouvernance minière en RDC et en matière de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises minières ainsi que de coopératives minières artisanales. Ces recherches sont publiées. Elles sont aussi objet de formation en RSE et en promotion de bonnes pratiques environnementales auprès des entreprises minières et des artisanaux miniers ainsi que de communautés locales. Enfin, de ces recherches, nous préparons un plan de plaidoyer pour la protection des droits environnementaux auprès des entreprises minières et des pouvoirs publics ainsi qu’au niveau international à travers des réseaux partenaires.

 

Avec son Département Gouvernance des Ressources Naturelles, le CARF a déjà mené et publié  plusieurs études et recherches dans le domaine minier artisanal et industriel congolais dont voici quelques titres :

  1. Bibliographie sélective sur l’impact de l’exploitation minière en république démocratique du Congo, Deuxième semestre 2013
  2. Rapport de l’enquête sur l’état de lieu de l’exploitation minière au nord du Katanga & Sud Kivu : Cas de TANGANYIKA, NYABIBWE et NYAMURALE, Avril 2015
  3. Droits économiques, sociaux et culturels dans le contexte d’une exploitation minière, Novembre 2015
  4. Enjeux de la COP21. Gouvernance d’Entreprise Gouvernance Ecologique, Janvier 2016
  5. Exploitation minière artisanale en RD. Congo : Problèmes, défis et perspectives. Etude menée dans les sites miniers de Kipushi et de Kolwezi, Mars 2016
  6. Rapport d’enquête sur l’application des obligations sociales, économiques et environnementales par les entreprises minières : Cas de Tenke Fungurume Mining (TFM), en

2018.

  1. La conflictualité dans l’exploitation du Cobalt (2019)

En outre,  depuis 2015 le CARF s’est attelé dans le cadre de son projet sur la bonne gouvernance du secteur minier sur les formations en Responsabilité sociétale des entreprises minières et des coopératives minières en RDC.

2.1. Nouvelle approche : les minerais stratégiques et la transition énergétique

Face à la menace écologique grandissante et du réchauffement climatique la communauté internationale, depuis la Conférence des Nations Unis sur l’environnement en 1972, et le rapport Brundtland de 1987 (Our commun futur), en passant par le Sommet de la Terre (Rio) 1992,  s’évertue à trouver des solutions face au changement climatique. Des sommets en Sommets, la question du réchauffement climatique s’impose, mais sans solutions. Le Protocole de Kyoto est resté lettre morte depuis plusieurs années. Des Conférences des Parties (COP) se succèdent, sans véritable succès éclatant sur la réduction des gaz à effet de serre, en l’occurrence : Dioxyde de Carbone (CO2), Méthane (CH4), Oxyde nitreux (N20), Hydrofluorocarbones (HFC), Perfluorocarbones (PFC) et l’Hexafluorure de soufre (SF6).

Mais, depuis 2016, les enjeux de la transition énergétique se focalisent sur quelques minerais dits : minerais stratégiques de transition énergétique et révolution numérique. En effet,  certains minerais peuvent offrir des solutions aux problèmes du réchauffement climatique. Il s’agit des minerais de la technologie pour la production de certains types d’énergies renouvelables comme  l’éolien, le solaire, …Mais, plus encore, il s’agit des minerais pour la fabrication de batteries rechargeables pour les véhicules électriques (qui ne polluent pas) et l’industrie du numérique: en l’occurrence le Cobalt, le Lithium, le Coltan, le Germanium, le Manganèse et le Graffite.  De la révolution des véhicules électriques, l’on projette passer aux avions électrique à batteries rechargeables avec le Cobalt. Une véritable révolution mondiale qui peut contribuer à la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Le marché des véhicules électriques est en plein développement ; celui de la révolution numérique aussi.  Mais si ces technologies auront un impact positif en aval en Occident, le coût environnemental que cela impose et suppose pour les pays producteurs de ces minerais stratégiques, comme la RDC qui produit à elle  seule plus de 65% du Cobalt au monde, est énorme : véritables crimes environnementaux en aval.

Au regard de cette donne, le CARF s’est positionné comme premier sur ce domaine en RDC pour allier la transition énergétique, la révolution numérique au monde et les impacts environnementaux en RDC. Une conférence, de grand niveau a été organisée en 2018 sur les enjeux environnementaux des minerais stratégiques et le bien être des congolais. Un plaidoyer s’est en suivi avec des partenaires internationaux au niveau de grandes marques de production automobiles allemandes.

Dans le même sens, le CARF prépare, un mécanisme numérique de promotion, de protection, d’alerte des droits humains et environnementaux dans les zones minières du Katanga. Un mécanisme qui fera aussi la promotion de bonnes pratiques RSE et environnementales, ainsi que la notation des entreprises minières qui respectent les normes environnementales et écologiques. Un mécanisme qui servira également à la prévention et à la résolution des conflits sociaux, économiques et environnementaux liés à l’exploitation et la commercialisation des minerais en RDC.

D’ici la fin 2019, le CARF organisera une grande conférence internationale sur les enjeux des minerais stratégiques de transition énergétiques et de révolution numériques en lien avec les impacts environnementaux et sociaux dans les pays producteurs d’Afrique.

 

  1. Impacts des activités du CARF

En 5 ans d’existence, il serait difficile de mesurer vraiment les impacts du travail du  CARF sur l’exploitation minière et la protection de l’environnement au Katanga et en RDC.

Tout compte fait, l’on peut signaler que nos études et publications ont atteint un grand nombre de bénéficiaires. Ces personnes ont été sensibilisées sur les questions environnementales.

Les formations en RSE en études d’impacts environnemental et social  près des entreprises minières, artisanaux, de communautés locales, et des coopératives minières ont porté du fruit : une plus grande conscience pour protéger l’environnement.

Le plaidoyer en réseau fait connaitre le CARF, en RDC, comme à l’étranger,  comme de plus en plus un centre d’accompagnent, de promotion et de protection des droits environnementaux en milieu d’extraction minière.

 

Jacques NZUMBU Mwanga, SJ

Centre Arrupe,

Lubumbashi, le 27/04/2019

[1] Banque Mondiale, République Démocratique du Congo. La Bonne Gouvernance dans le secteur minier comme facteur de croissance, octobre 2007, p. 20.


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