LAUDATO SI ET LA SAUVEGARDE DE NOTRE MAISON COMMUNE QUE LE CRI DU PAPE FRANCOIS SOIT ENTENDU PAR DES JEUNES ET LES PAUVRES!

1. LES JEUNES ET LES PAUVRES SONT SOUVENT EXCLUS DES FORUMS SUR L’ENVIRONNEMENT….
J’ai pris part à la 4ème assemblée des Nations Unies sur l’environnement qui a eu lieu à Nairobi, au Kenya, du 4 au 15 mars 2019. Les jeunes et les pauvres étaient, à mon avis, les moins représentés dans ce forum de grande importance où l’on a paradoxalement parlé des jeunes et des pauvres. Il y a sûrement des bonnes raisons pour lesquelles beaucoup de jeunes et de pauvres ne prennent pas part à ce genre de forum.
Mon expérience en RD Congo m’a enseigné que les jeunes et les pauvres ne sont toujours pas suffisamment impliqués dans le respect de notre environnement. Cela ne signifie pas qu’ils sont indifférents à l’écologie et aux changements climatiques. Je pense plutôt qu’ils ne sont pas suffisamment éduqués et formés en matière de l’environnement.
2. LAUDATO SI : LIEU DE PRISE DE CONSCIENCE ECOLOGIQUE POUR LES JEUNES ET LES PAUVRES…
Comment les jeunes et les pauvres peuvent-ils s’approprier le message du Pape sur la sauvegarde de notre maison commune ? Et comment peuvent-ils, à leur tour, faire connaître ce message du Pape au monde? Comment transformer le message du pape en actions à la fois simples et concrètes visant à sauver notre humanité du désastre climatique qu’il court ?
L’objectif de cette réflexion est, précisément, d’aider à faire de LAUDATO SI du Pape François un lieu de sensibilisation pour les jeunes et les pauvres à la conscience écologique. En répétant, dès l’introduction les paroles du très beau et célèbre Cantique des Créatures de saint François d’Assise: « LAUDATO SI ‘, mi’ SIGNORE » – « Loué sois-tu, mon Seigneur », le Pape nous invite à la simplicité dans la lutte à mener pour la protection de notre maison commune. Il nous fait prendre conscience que c’est en plongeant dans la Bible et dans l’expérience chrétienne que la création devient non seulement source d’inspiration, mais aussi un lieu de fraternité.
En effet, dès les premières pages de sa première encyclique sociale, le pape François écrit que par ces mots, « LAUDATO SI ‘, mi’ SIGNORE », saint François d’Assise nous rappelle que «notre maison commune est comme une sœur avec qui nous partageons notre vie et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts « (N ° 1). Notre relation à la création de Dieu devient prière et louange.
Les versets suivants du Cantique de François d’Assise méritent d’être cités: « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe ».
La préoccupation du Saint-Père est claire: «Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter » (n ° 2).
Par conséquent, le pape François nous invite à prendre conscience du danger du changement climatique, en particulier pour les générations pauvres et futures. En effet, nous assistons aujourd’hui à des catastrophes climatiques sur la vie sociale: inondations, érosions, sécheresses, pauvreté des sols, disparition des forêts et autres espèces végétales et animales, conséquence de l’action irresponsable des hommes et des femmes sur la création.
Si l’action négative des hommes sur la création continue, nous risquons tous d’en subir les conséquences dramatiques. Il est donc urgent de sensibiliser au respect et à la protection de l’écosystème afin que les générations futures vivent dans un environnement sain comme le veut Dieu. Nous pensons qu’il faut davantage sensibiliser nos jeunes, ceux-là mêmes qui risquent de souffrir à cause de l’irresponsabilité actuelle. Les jeunes sont appelés à faire leur le message du Pape et à le pratiquer dans leur milieu de vie.
L’expérience nous apprend que ce sont principalement les familles pauvres et les enfants qui sont les premières victimes des effets néfastes du changement climatique. Ce sont les familles pauvres qui perdent leurs terres au détriment des multinationales dont le but inavoué est l’enrichissement rapide. Nous sommes confrontés à un véritable problème de justice sociale qui menace la paix et la concorde entre les peuples. La vie des générations futures est menacée.
Répétons-le : Si l’action négative des hommes et des femmes sur l’environnement a des conséquences sur la vie de toute l’humanité, les pauvres en sont les principales victimes. En effet, «la dégradation de l’environnement et de la société affecte les personnes les plus vulnérables de la planète» (n ° 48). Le Saint-Père donne quelques exemples concrets: «L’épuisement des réserves de pêche nuit particulièrement aux petites communautés de pêcheurs sans les moyens de les remplacer; la pollution de l’eau affecte particulièrement les pauvres qui ne peuvent pas acheter de l’eau en bouteille; et l’élévation du niveau de la mer affecte principalement les populations côtières appauvries qui n’ont nulle part où aller. L’impact des déséquilibres actuels se manifeste également dans la mort prématurée de nombreux pauvres, dans les conflits provoqués par la pénurie de ressources et dans nombre d’autres problèmes insuffisamment représentés dans les programmes mondiaux (n ° 48).
Il est intéressant de noter ici la mention par le Pape d Bassin du Congo. Le Pape écrit que le Bassin du Congo et l’Amazonie sont « des poumons riches en biodiversité de notre planète ». En effet, « Nous savons combien ils sont importants pour la terre entière et pour l’avenir de l’humanité. Les écosystèmes des forêts tropicales possèdent une biodiversité extrêmement complexe qui est presque impossible à apprécier pleinement, mais quand ces forêts sont brûlées ou nivelées à des fins de culture, en l’espace de quelques années, d’innombrables espèces sont perdues et les terres deviennent fréquemment arides » (n ° 38).
Tout en reconnaissant la grande responsabilité des nations riches pour l’environnement, il est nécessaire en même temps d’inviter les nations pauvres à se rendre compte que leur conscience du changement climatique est importante. Il est donc urgent d’inviter les riches aussi bien que les pauvres à s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique.
3. COMMENT FAIRE CONCRETEMENT ?
Une telle sensibilisation devrait se faire à travers les paroisses, les écoles, les universités et la pratique de l’agriculture écologique. La sensibilisation doit donc déboucher sur les actions simples et concrètes au niveau des paroisses, des écoles, des universités et, surtout, de chaque famille.
C’est ce genre d’expériences que je suis en train de faire comme professeur et accompagnateur des jeunes et des paysans dans la création d’entreprises.
Dans mon cours de sociologie et d’initiation à la recherche scientifique, j’invite les jeunes à ouvrir les yeux sur l’insalubrité et d’en rechercher les causes. Jadis appelée Kinshasa-la-belle, la capitale de la RD Congo est aussi décrite comme Kinshasa-la-poubelle. Ouvrir les yeux des jeunes sur cette réalité est important et suscite chez eux de l’indignation et de la honte, mais surtout une réflexion de fond. Aidé par LAUDATO SI, les jeunes prennent conscience que lutter contre l’insalubrité est aussi leur travail. C’est à eux d’interpeller les adultes, notamment les responsables politiques dont le rôle est primordial dans ce domaine.
Depuis 2016, nous avons créé le Centre de Recherche et de Communication en Développement durable (CERED). Un des aspects importants du centre est la promotion de l’entrepreneuriat agricole et de la conscience écologique. En accueillant les jeunes et les paysans dans notre ferme écologique, nous nous efforçons de leur apprendre que notre avenir dépend de notre responsabilité dans la gestion rigoureuse des ressources alimentaires.
Que ce soit les jeunes élèves, les étudiants et les paysans, ce dont LAUDATO SI peut aider à prendre conscience, ce sont les aspects écologiques suivants :
1. Eviter le gaspillage d’eau, d’électricité et de nourriture;
2. Apprendre à voir la relation entre les différents éléments de la création ;
3. Lutter contre l’usage des plastiques et contre l’insalubrité ;
4. Initier les jeunes et les agriculteurs à la pratique de l’agriculture écologique ;

Voilà, entre autres, les thèmes de sensibilisation écologique qui peuvent être abordés à la lumière de LAUDATO SI. Voilà le travail qui nous attend au CERED surtout en temps de vacances. Que le Seigneur, créateur du ciel et de la terre, nous y aide.

_________________________________

Ghislain TSHIKENDWA MATADI, SJ
Directeur du CERED
tshikendwa@jesuits.net, tshikendwa@ceredfsav.education